Et voilà, Amsterdam s’éloigne dans le gris, avec un liseré rosé à l’horizon pour enfin égayer cette journée pluvieuse, cependant pas le temps de la voir disparaître depuis le pont du Marion car la nuit s’en chargera rapidement.

La prochaine île ne sera plus australe, mais tropicale, La Réunion. Pendant mon séjour à venir, je resterai néanmoins dans une ambiance insulaire, nettement plus anthropisée, certes, mais propice à une transition douce vers un rythme métropolitain plus soutenu à mon retour.
La température de la mer est à 19,9 °C et celle de l’air à 19,4 °C, douze heures après notre départ.
Ces deux températures remonteront progressivement au fil du trajet en se suivant et finalement, elles atteindront 25,9 °C et 26,4 °C, voire même 26,6 °C et 27,8 °C au port.
Le ciel deviendra au fur et à mesure de notre remontée de plus en plus tropicale avec des nuages, des levers et des couchers de soleil sublimes typiques de ces régions.

Notre cap est : ouest/nord-ouest au 279°, afin de « passer » avant ce potentiel cyclone qui finalement perdra de son intensité sur son cheminement vers le sud et donc vers AMS.
Nous ne serons donc pas inquiétés par une quelconque tempête tropicale ou un coup de vent.
Bien au contraire, l’océan Indien sera d’une totale platitude, sa surface huileuse réfléchissant la blancheur des cumulus tropicaux, effet miroir magique.

Au fil de notre progression, c’est le retour des exocets, lesquels s’extirpent de cette masse inerte liquide devant l’étrave du Marion, offrant un peu de vie à un océan où les oiseaux marins deviennent inexistants en se rapprochant de la zone tropicale du Capricorne.
On reprend vite les habitudes et la programmation à bord de ces derniers jours a été modifiée à la suite de notre départ anticipé de 24h.
Ainsi, dès le premier dîner post Amsterdam, Nelly, qui est la responsable de la communication des TAAF, vient me chercher à ma table, pour m’inviter à la table de Monsieur le préfet une dernière fois ; je n’avais pas consulté le tableau sacré de l’OPEA dès mon retour sur le Marion, tableau pour lequel il faut être en alerte permanente, car à tout moment, de nouvelles informations peuvent être affichées…
Un nouveau tableau des « personnels invités à la table de Monsieur le préfet aux dates et heures indiquées » a été affiché pour les sept repas qu’ils nous restent à prendre. À chaque fois, cinq personnes sont invitées ; ainsi, le préfet peut échanger et connaître l’ensemble des activités et missions des personnes présentes sur le navire, aux profils fort diversifiés, et j’avoue avoir particulièrement apprécié ces moments d’échanges.
Le nouveau planning prévoit mon pot AMAEPF dès le lendemain de notre retour sur le Marion.
À midi, nous avons pour le repas de Pâques une langouste d’Amsterdam !

Il me reste aussi à projeter certaines Chroniques australes et polaires, l’Odyssée de l’Antarctique et la dernière partie d’un « Voyage dans le temps et dans l’espace aux TAAF », tout ceci l’après-midi, car les soirées seront bien occupées avec les différents « pots ».

Clémence a également organisé plusieurs jeux du « chiffre juste » :


– Trouvez le nombre de kilos de fromage consommé à bord du Marion depuis le début de la rotation.
– Trouvez le nombre de kilos de courrier récupéré des districts et qui sera remis à la poste à La Réunion.
– Trouvez le nombre de kilomètres parcourus par l’hélicoptère.
De mémoire les chiffres justes sont d’environ 30 kg de fromages, de plus de 100 kg de courrier et, pour l’hélicoptère, il a parcouru 5800 km selon son pilote.
Les cadeaux pour ceux qui se sont rapprochés au plus près de ces résultats seront remis lors du barbecue sur la DZ. Pour ma part, j’ai beaucoup sous-estimé les résultats, mais je n’ai aucun regret.
Des tournois d’échecs, de fléchettes, de baby-foot et une course de 25 heures de vélo avec des relais toutes les 30 minutes se tiennent ces derniers jours. Pourquoi 25h ? Car avec un changement d‘heure dans la nuit, il y a une heure de plus !

Les créneaux disponibles se sont tous bien remplis, j’ai pris le créneau de 6h30.
« On a gagné, on a gagné ! » Nous avons battu le nombre de kilomètres établi à OP4 et nous avons été plus vite que le Marion sur ces 25 h.
Durant cette période, des débriefs de mission pour les personnels « infra » de chaque base ont eu aussi lieu.
Une présentation captivante animée par Kilian Poupon, responsable de la logistique à Concordia, nous a entraînés dans l’Antarctique et dans la gestion logistique des bases antarctiques et des défis qu’elles posent. Cela nous rappelle que les TAAF ne se limitent pas aux îles que nous venons de visiter.
Et puis, ont aussi été planifiés des visites des machines sur deux jours matin et en après-midi. Là aussi le planning de ces visites s’est vite rempli. C’est un lieu interdit aux passagers, mystérieux, sur plusieurs niveaux, avec des sas, petites passerelles métalliques, des tuyaux de tout diamètre, des « machines » bizarres, un labyrinthe dont je ne voyais jamais l’issue. Au secours !
Visite très spéciale dans les entrailles monstrueuses insoupçonnées d’un navire que je croyais sympathique et convivial. Il m’a montré sa face sombre, métallique, bruyante, assourdissante, transpirante, inhumaine pour ma part… J’ai eu la chance d’être accompagné par des collègues qui étaient au premier service du déjeuner. Il a donc fallu faire vite vers la fin pour ne pas louper le début de leur déjeuner, tant mieux pour moi, car, au bout d’une petite heure, j’avais une seule envie : aller voir la mer dehors et respirer de grands bols d’air. Serais-je devenu un peu claustrophobe avec l’âge ? Certainement…
Visite très intéressante et instructive d’une durée d’une heure et demie. Certains l’ont refaite le lendemain, car des créneaux étaient encore disponibles. Très peu pour moi….. Vrai coup de chapeau à ceux qui travaillent dans cette ambiance spéciale…

JACE s’y installera temporairement pour à nouveau faire vivre ses Gouzou sur une paroi de cet univers industriel…

Concernant les animations proposées sur le navire, il y en avait pour tous les goûts et les envies, et j’ai toujours eu du monde pour « mes projections » en salle de conférence.
Il ne faut pas non plus oublier le paiement de la boutique TAAF, après un dernier tour sur les étals, et des achats avant sa fermeture et puis bien sur la note de bar…
Il faudra à la fin vider la boutique et descendre tous les cartons dans une pièce en pont inférieur. Une chaîne humaine dans les escaliers pentus était bien utile pour convoyer les dizaines de gros cartons bien remplis de vêtements, livres, cartes postales, et autres articles…

Revenons aux « pots » qui se sont déroulés trois soirs consécutivement :
Le premier est celui de l’AMAPEF, qui fut l’occasion de rappeler ce qu’est notre association, son histoire, ses objectifs et ses activités. Les personnes intéressées ont pu renseigner le formulaire permettant l’octroi gracieux d’un exemplaire gratuit de la prochaine RAP.
Tout le monde connaissait déjà l’AMAEPF, normal, après tous ces jours de proximité entre nous ; mais ce fut un peu comme un pot de départ très convivial…

Le second fut celui d’Hélilagon (partenaire des TAFF depuis plus de 20 ans) présenté par Jean Sébastien, le pilote et Mickaël le mécanicien.
Et enfin, le dernier, sur la DZ, apéro et barbecue offert par l’OPEA et les TAAF, animé entre autres par Jean-Sébastien, qui perdra sa voix à animer sans micro le jeu pour gagner des vols en hélico sur La Réunion.
Le préfet effectuera à cette occasion une dernière intervention « bilan » de cette première rotation pour lui et de cette découverte qu’il aura particulièrement appréciée, en remerciant chacun pour la qualité des échanges et de l’ambiance si particulière dans les TAAF.

Ces derniers jours, j’aurai le plaisir d’assister à l’anniversaire conjoint de Xavier Gorce, journaliste au Point qui nous enchante avec ses articles dans l’édition numérique de son journal, et de Laurent Zerbi, qui est sans doute le plus ancien des passagers du Marion.
Xavier Gorce est l’auteur de série de dessins humoristiques mettant en scène des manchots, les indégivrables, traitant de l’actualité, la technologie, la vie de tous les jours et aussi de la vie en entreprise.

Avant d’arriver à La Réunion, Pierrick, officier de quart, mesurera en extérieur l’azimut du soleil couchant afin de corriger et calibrer si besoin les instruments de navigation.

Il me faut remercier ici la sympathie du personnel navigant de LDA (Louis Dreyfus Armement), lequel était toujours affable et disponible. La passerelle était un lieu de travail, certes, mais aussi un endroit où l’on pouvait poser des questions et s’enrichir en matière de navigation. Pour moi, qui suis passionné par la navigation, c’était un privilège.
Et puis ce qui devait arriver arriva, notre hélico s’envola chez lui en nous faisant un magnifique tour d’honneur autour du Marion. Premier moment de tristesse….
Jusqu’au bout, l’OPEA a été sollicité. Le cyclone n’a finalement été qu’une inquiétude passagère et maîtrisée, une de plus, mais ce fut ensuite l’incertitude sur le lieu de débarquement, port Est ou port Ouest ? Incertitude apparemment due au quai qui était occupé par une barge qui devait être déplacée.
Finalement ce sera bien au port Ouest que nous allons accoster à la satisfaction de tout le monde.
Dernier déjeuner, puis de longues manœuvres de stabilisation du navire le long du quai.

L’échelle de coupée peut être installée et sécurisée ; et les premiers à débarquer sont les personnes habitant La Réunion (des météos, JACE), une navette pour les personnes des TAAF est également prête.

J’en profite pour sortir du bateau et faire un tour dans les rues commerçantes avec quelques collègues, l’occasion de repérer la gare routière car il me faudra quitter le port par car le lendemain.
Je prends aussi l’Astrolabe en photo, il est là, stoïque, dans le port militaire. C’est la première fois que je le vois….

Le Marion est à quai, c’est le retour dans la civilisation et les opérations de déchargement durent jusqu’à la nuit.

Le dernier dîner est particulier et il se fait en un seul service dans une ambiance chaleureuse.
D’autres quitteront le lendemain matin de façon échelonnée. Ensuite, après un dernier déjeuner, c’est mon tour, avant les derniers, les membres du personnel de l’IPEV qui attendent la navette qui les emmènera à l’aéroport.
Je prends pour la première fois l’ascenseur sur le Marion vu le poids de mes valises !
Je signe le registre sur le pont juste avant de descendre et je mets l’étiquette rouge dans le tableau de présence/absence indiquant ainsi si les passagers sont à bord ou non.
En effet les sorties, une fois à quai, sont « libres » à condition de mettre à jour ce tableau….

La lune est à nouveau gibbeuse, décroissante, dans le ciel réunionnais, proche du dernier quartier, comme lors de mon arrivée.
Un cycle lunaire s’est écoulé pendant cette rotation.
Ma phrase fétiche s’applique là encore, « la boucle est bouclée ».
La veille de mon départ de La Réunion, je retourne au siège des TAAF, l’occasion de partager un peu de mon expérience avec ma famille en leur montrant l’exposition ainsi que de faire encore quelques derniers achats souvenirs…

La boucle est donc bouclée, définitivement cette fois-ci, car c’est l’heure du retour en métropole.
Il me reste à remercier un vaste panel de personnes, et ce n’est pas qu’un simple exercice de politesse, mais un geste d’une réelle sincérité :
– Le préfet des TAAF pour l’invitation à cette participation annuelle d’un membre de l’AMAEPF ; j’ai en effet pu mesurer pendant un mois que la présence physique de l’AMAEPF parmi tous ces potentiels futurs adhérents est indispensable pour pérenniser l’avenir de l’AMAEPF en représentant au quotidien l’association auprès de tous les « Taffiens » rencontrés.
– Tous les personnels des différents services TAAF rencontrés,
– Tous les personnels de l’IPEV, les personnes accompagnantes, les météos, ….
– Tous les personnels de LDA (pont/ machines/cuisine),
– Tous ceux qui croiraient être oubliés dans cette liste,
Je les remercie pour leur accueil, la qualité de nos échanges, et tous ces bons moments partagés.
– Merci à C. Morino pour la mise en ligne sur le site AMAEPF de mon blog et à M. Reveillas pour la mise en ligne des photos sur nos réseaux sociaux.
J’ai « interviewé » certaines personnes dans des domaines qui m’intéressaient pour avoir des précisions sur leurs activités (météo, sismo, marégraphe, Lidar, navigation …) et ai pris pas mal de notes et photos sur ces sujets.
Ce sera sans doute trop long pour les intégrer dans le compte rendu de la RAP n°99 et je ne sais encore si ce blog se clôt ainsi ou bien s’il reste ouvert pour une publication ultérieure de ces « interviews » qu’il me reste cependant à rédiger.
La priorité pour moi maintenant est de préparer l’article de la prochaine RAP n° 99 pour relater cette OP 1 2026.
Peut-être ces focus techniques (interviews) feront aussi l’objet d’un article dans la RAP n°100.
À bientôt peut-être ! et merci d’avoir suivi ce blog
Photo : Laurent Legeay

