La nuit sera courte comme les trois précédentes, en effet la « Marionite » a fait son œuvre sur mon système respiratoire. Je consacrerai un prochain paragraphe sur ce sujet. Je laisse le mystère planer…
J’observe à nouveau une merveilleuse voûte céleste en milieu de nuit, dans un ciel nettoyé de toute impureté par la tempête de la soirée.
Des lueurs blanchâtres apparaissent dans la sphère sud-est du ciel.
Cela ne peut être encore l’aube à 2 h 30 du matin, sans doute plutôt une faible aurore australe.
De plus fortes aurores seront observées sur Crozet la nuit suivante.
Je passe le reste de la nuit au Crozybar, assis sur le canapé, la position allongée me faisant trop tousser.
Le petit déjeuner est fixé de 5 h 30 à 7 h et ensuite s’opère la fermeture des caisses bagages.
A 8 h se tient la cérémonie des couleurs sous un beau soleil retrouvé mais venteux.

Puis une remise des médailles des TAAF par le discro et le préfet se déroule à 8h15 au restaurant pour le personnel quittant à OP1.

Les retours des passagers sont prévus à partir de 14 h.
Je poursuis ma visite de la base, avec la salle de sport, particulièrement bien équipée ainsi que la chasse au graffe de JACE parmi les bâtiments de la base.

Le temps étant magnifique, je participe au tour du mont Branca d’une durée d’une heure trente environ, malgré la fatigue de nuits écourtées.

Cette météo clémente permet à l’hélico de déposer du personnel pour la maintenance d’un relais lointain, maintenance qui n’avait pu être effectuée depuis quelques années en raison de conditions météo délicates.
C’est donc avec plaisir que je vois passer l’hélico depuis le mont Branca, s’enfonçant vers l’intérieur de l’île de la Possession.

Concernant l’AMAEPF, je constate que, comme sur le Marion, la RAP est disponible parmi le présentoir des revues à la bibliothèque, mais jamais les derniers numéros.
Le discro m’a gentiment proposé de garder des bulletins d’adhésion et la feuille de proposition de réception gratuite de la future RAP, afin de les mettre à disposition des hivernants une fois l’agitation de l’OP passée. Je laisse également quelques livres que j’ai apportés (« tel fut Charcot », « Terres extrêmes » et les trois tomes de « Mémoire à plusieurs voix »).
La bibliothèque est généraliste et donc très diversifiée, avec une vingtaine de livres sur les « Terres australes et polaires », tout apport de notre part est le bienvenu.
J’ai déjà pu m’entretenir avec pas mal de personnes et ainsi recueillir un certain nombre d’adresses de personnes intéressées pour recevoir cette RAP 99.
Je suis venu avec le numéro 98 de décembre 2025, que j’ai mis à disposition sur le Marion ainsi qu’à Crozet.
Sur le Marion, j’ai pu constater que la RAP 98 avait eu du succès depuis je l’ai mise en service, celle-ci étant disposée dans le présentoir des revues du forum/bar où beaucoup de personnes restent lire et discuter.
Après un nouveau déjeuner succulent, c’est l’heure de la séparation, plus particulièrement pour les personnels de la 63e mission qui quittent CRO à cette OP1.
Coïncidence, la première mission a eu lieu en 1963 et c’est en 2026 la mission 63 !
De retour par hélico sur le navire, une surprise m’attend au-dessus de la passerelle du Marduff, un nouveau dessin de JACE a été commis !
Et le Marion lève l’ancre, c’est le départ vers l’île de l’Est que nous allons longer par la côte sud, direction Kerguelen !
L’île de l’Est, majestueuse, mystérieuse, magique, merveilleuse, mystique, et mythique déroule son aura pendant plus de 2 heures sur le bâbord du Marduff.
Cette simple évocation de son nom permet à ceux qui ont vécu ce moment exceptionnel d’exprimer et de ressortir de fortes émotions ancrées profondément dans nos cellules.
J’ai certes pris des photos et vidéos sans grand intérêt finalement en les visionnant, elles sont très loin de la réalité impossible à traduire par des images, j’ai heureusement préféré absorber cette côte par les jumelles, en explorant à distance les falaises, les cascades, les filons de quartz, les vallées s’ouvrant sur la côte par des grèves grises colonisées par les manchots.
Où vont ces vallées ? Jusqu’où irriguent-elles ces montagnes ? Quels versants privilégier pour s’enfoncer dans le corps de l’île, au sein de son âme inconnue ? Je suis prêt à bivouaquer.
Je l’explore dans mon imaginaire sur la base de ce que mes jumelles me permettent de ressentir et de la liberté créatrice de mon cerveau.
Pourtant, dilemme ! il me faut choisir, l’île de l’Est à bâbord, cétacé à tribord !
Tout le monde change de bord en même temps, sans pour autant faire pencher le Marion sur tribord….
Priorité donc au direct, et aux évents d’une baleine, à priori une baleine franche.
Il y aura aussi une baleine accompagnée de baleineaux, d’autres diront attaqués par deux orques selon les photos prises… il y a débat, non tranché…
Nous verrons dans ce secteur d’autres cétacés, pour sûr, des baleines franches et de moins sûr, cachalot et rorqual…
La nuit tombe progressivement…laissant vers l’ouest, dans le sillage du Marion, les zébrures d’un pâle soleil déclinant parmi les nuages, absorbant l’île de l’Est dans les cieux.
C’est l’heure du dîner second service, annoncent les hauts parleurs.
Cela me fait sortir de ce rêve éveillé, l’île de l’Est n’était sans doute qu’un mirage….je peux enfin revenir à la réalité et me réveiller.

